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Une vantardise au poulet farçi

Dernière mise à jour : 25 févr.

Le concert



Marie pressait le pas sous cette pluie froide de décembre, son cœur se débattant dans sa poitrine. Était-ce parce qu’elle marchait trop vite ou était-ce plutôt à cause de la vision qu’elle venait d’avoir? Son corps tremblait légèrement, comme une vibration venant de l’intérieur, elle avait froid sans doute? Arrivée au coin de la rue, elle ferma les yeux et pris une grande respiration. Il fallait qu’elle se calme. Elle avait peut-être mal vu, elle avait peut-être imaginé le visage derrière la fenêtre. Elle ne l’avait aperçu que brièvement, peut-être était-ce quelqu’un d’autre? Elle tentait désespérément de se rassurer. Elle se concentra sur ce qu’elle avait à faire aujourd’hui, il n’y avait que ça qui l’aiderait. Ça ne servait à rien de tergiverser sur ce qui allait se produire ou non. Il fallait juste se concentrer sur “maintenant” : elle avait ses partitions, son uniforme, elle était prête.

Anne l’attendait avec son père pour les emmener au concert. Elle prit une dernière respiration et recommença à marcher d’un pas normal mais incertain. Au feu de circulation, elle ferma les yeux de nouveau et se concentra d’avantage et se mit à fredonner l’Alléluia de Händel. La lumière tourna au vert, elle reprit le pas, mais cette fois avec assurance et aplomb et quand elle arriva chez Anne, Marie affichait de belles joues rouges et un sourire éclatant. Ils s’installèrent dans la voiture, les parents de son amie à l’avant et les deux fillettes à l’arrière. Anne babillait de tout et de rien ; de son professeur de piano qui était tellement craquant, de sa nouvelle robe qu’elle allait mettre à noël… Marie ne l’écoutait qu’à moitié, comme elle le faisait souvent. Elle se disait qu’Anne était bien chanceuse d’avoir des parents comme les siens qui allaient la voir en concert et qui lui payaient des cours de piano. Elle se revoyait demandant à sa mère si elle allait venir la voir chanter.

  • Voyons Marie, je n’ai pas le temps pour ces enfantillages.

Même l’an dernier, Marie chantait à la messe de minuit et c’est encore les Trudel qui l’avaient emmenée, parce que Diane n’avait pas voulu assister à la messe dans une autre d’église.

Cette voix surexcitée et un peu prétentieuse ramena vite Marie à la réalité et elle cherchait maintenant la réponse à cette question… Mais c’était le blanc. Elle ne se souvenait pas, elle ne se rappelait plus. C’était tellement loin maintenant, c’était avant, avant l’ombre de la fenêtre… Son rythme cardiaque augmenta et elle sentit presque la sueur perler sur son front.

  • Des pâtes, menti-t-elle.

Le lendemain matin, Marie ouvrit les yeux beaucoup trop tôt. Elle entendait son père, dans la cuisine qui allait çà et là, préparant son café instantané et sa petite tartine pour faire patienter sa faim jusqu’à l’heure du traditionnel brunch du dimanche. Il ne devait pas être plus de 5h00, le ciel était encore bien noir. Bientôt, André allait saisir le journal du samedi pour reprendre les mots croisés non terminés de la veille.


Marie resta dans son lit pendant un moment, elle repensait au concert, au bruit des chaises sur le parquet, au son des instruments qui s’accordent, aux trois petits coups de baguette sur le lutrin et puis enfin, aux voix qui s’envolent vers la voute de l’église. Ce qu’elle était bien là, dans l’odeur rassurante de l’encens, joignant sa voix de sopranino aux autres, créant ainsi un accord parfait et juste.

L’envie d’aller au petit coin fini par la forcer hors du lit. Elle glissa ses pieds dans ses pantoufles posées à côté, prit sa robe de chambre et l’enfila en frissonnant. Elle alla rejoindre son père en sortant.

  • Tu es bien matinale Marie!

  • Je n’arrivais plus à dormir.

  • Ah ! Pourtant tu es rentrée tard hier, non?

  • Vers 23h00.

  • Ça a été le concert?

  • Ouais.

Ça ne servait à rien d’en dire plus, il ne comprendrait pas ce qu’elle ressentait quand elle chantait. Comment elle se sentait lorsqu’elle était entourée de tous ces gens, enfants et adultes. Il ne comprendrait pas qu’elle s’y sente plus aimé, plus protégée.

  • J’ai vu ton ami Patrick hier, il est rentré de pension.

Marie senti sa gorge se nouer. Elle failli échapper le verre de lait qu’elle venait de se servir.

  • Ah oui?

  • Oui, mais c’est dommage, tu n’auras pas l’occasion d’aller jouer avec lui parce qu'ils partent dans leur famille pour les Fêtes.

Marie ne répondit rien et s’assit en face de son père, encore un peu tremblante.




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